Actualités
Non classifié(e)
Publié le : 06/01/2026
Rencontre exclusive avec Éléonore Caroit
Eléonore Caroit, Ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, partage avec la Newsroom MGH Partners sa vision de l’action extérieure française dans un contexte de recomposition géopolitique accélérée. Entre diplomatie économique, refondation des partenariats avec l’Afrique, souveraineté culturelle et mobilisation des diasporas, elle expose les leviers d’une influence française plus cohérente, plus partenariale et résolument tournée vers le long terme.
Dans un monde marqué par le retour des rivalités de puissances, par la fragmentation stratégique et la multiplication des crises régionales, quels sont aujourd’hui les atouts essentiels qui permettent à la France, et plus largement à l’Europe, de continuer de peser, à projeter une influence et à rester une puissance d’équilibre ?
Dans un monde marqué par le retour des rivalités de puissances, la fragmentation stratégique et la multiplication des crises, la France et l’Europe demeurent des puissances qui comptent et qui assument un rôle de stabilisation et d’équilibre.
La France dispose d’atouts uniques. Elle est membre fondateur des Nations unies et membre permanent du Conseil de sécurité. Elle accueille près de 70 organisations internationales, dont l’UNESCO et l’OCDE, ce qui témoigne de sa centralité diplomatique et normative. Cette position n’est pas un héritage passif : elle s’incarne dans une action constante et crédible sur les grands enjeux globaux.
La France joue aujourd’hui un rôle moteur dans les grandes dynamiques internationales : Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, succès du Sommet Nutrition for Growth et de l’UNOC, leadership climatique affirmé à Belém, diplomatie féministe reconnue et structurante. Notre politique étrangère conjugue solidarité internationale face aux crises, défense de nos intérêts stratégiques et promotion de valeurs universelles : droits humains, égalité entre les femmes et les hommes, climat, science et État de droit.
Renoncer à cette ambition reviendrait à laisser le champ libre à d’autres puissances et à leurs récits. La France fait le choix inverse : maintenir une diplomatie active, crédible et exigeante, et entraîner l’Europe dans cet effort, car l’Europe, lorsqu’elle agit unie, est une force politique, économique et normative majeure.

Vous avez pour mission de porter les partenariats internationaux de la France, y compris dans des régions en forte recomposition géopolitique comme le Moyen-Orient, l’Afrique ou l’Indo-Pacifique. Alors que les États développent des stratégies d’influence mêlant diplomatie, investissements publics, soutien aux entreprises et coopération éducative, comment la France peut-elle renforcer la cohérence de son action extérieure pour soutenir ses entreprises, attirer des talents, promouvoir ses normes et défendre ses intérêts stratégiques ? Quels modèles de partenariats souhaitez-vous privilégier pour répondre à cette nouvelle donne internationale ?
Dans un environnement international de plus en plus concurrentiel, la France a fait un choix clair : avancer en Équipe France. La coordination entre l’État, les collectivités, les opérateurs, les entreprises et les élus est aujourd’hui une nécessité stratégique.
Les résultats sont concrets. Les entreprises françaises remportent un marché sur deux financé par l’AFD, et près de sept projets sur dix lorsqu’elles soumettent une offre. Seuls 17 % des marchés sont attribués à des entreprises de pays tiers hors Union européenne ou à des acteurs strictement locaux. Ces chiffres témoignent de la compétitivité et de l’excellence de nos entreprises, en particulier dans les infrastructures durables.
Notre action s’articule autour de sept filières stratégiques : transports, ville durable, santé, agriculture, numérique, transition énergétique, industries culturelles et créatives. Le renforcement du dialogue entre l’État et les entreprises a permis de mieux valoriser ces savoir-faire à l’international.
Le Comité présidentiel pour les partenariats internationaux (CPPI) marque une évolution majeure : il promeut des offres françaises intégrées, associant financements, expertise publique et savoir-faire industriel. Mon objectif est clair : amplifier cette dynamique, en renforçant les échanges réguliers avec les grandes entreprises françaises présentes à l’international et en proposant des solutions complètes, crédibles et souveraines face à la concurrence mondiale.

L’Afrique est aujourd’hui traversée par de profondes recompositions politiques, stratégiques et économiques, marquées par l’affaiblissement de certaines coopérations européennes, dont française, la montée en puissance de nouveaux acteurs (Chine, Russie, Turquie, États du Golfe) et une compétition géopolitique accrue. Dans ce contexte, l’AFD, Proparco ainsi que les opérateurs de la francophonie poursuivent leurs missions dans l’éducation, la culture ou l’entrepreneuriat. Selon vous, quels leviers la France doit-elle activer pour préserver son influence stratégique, réinventer ses partenariats, et maintenir la francophonie comme un vecteur de coopération et d’attractivité sur le continent africain ?
L’Afrique est aujourd’hui au cœur des recompositions politiques, économiques et géopolitiques mondiales. La France aborde cette réalité avec lucidité, respect et ambition, en réinventant ses partenariats sur des bases équilibrées et tournées vers l’avenir.
Notre premier levier d’influence durable sur le continent africain, c’est la jeunesse. 60% des francophones ont moins de 30 ans, et 60 % des 321 millions de locuteurs francophones vivent aujourd’hui en Afrique. Cette proportion atteindra 85 % d’ici 2050. L’avenir de la francophonie, de la croissance et de l’innovation se joue largement sur ce continent.
La langue française est une langue vivante, de dialogue, de création et d’émancipation. Elle doit offrir à cette jeunesse des espaces d’expression, de mobilité, de circulation des idées et d’opportunités économiques. C’est le sens de notre engagement en faveur d’une francophonie économique plus visible et plus opérationnelle. L’Alliance des patronats francophones, qui rassemble 44 patronats, 36 pays et près d’un million d’entreprises, en est une illustration concrète.
Enfin, dans un contexte de désinformation accrue, la bataille de l’information et de la souveraineté cognitive est devenue stratégique. Défendre une information fiable en français, lutter contre les manipulations et maintenir des espaces de dialogue pluralistes sont des enjeux politiques majeurs. La francophonie demeure à cet égard un espace politique et diplomatique essentiel, de coopération et de stabilisation.

La transformation numérique mondiale bouleverse les modes de production, de diffusion et d’apprentissage de la langue française. Face à la domination croissante des plateformes anglophones et à la montée des technologies d’intelligence artificielle générative, comment la France peut-elle défendre une souveraineté culturelle francophone et promouvoir des contenus, des outils pédagogiques et des infrastructures numériques en français ? Plus largement, la francophonie numérique peut-elle devenir un atout d’influence dans la compétition technologique internationale ?
La transformation numérique mondiale bouleverse les modes de production, de diffusion et d’apprentissage de la langue française. Face à la domination des plateformes anglophones et à l’essor de l’intelligence artificielle générative, la France fait un choix clair : défendre une souveraineté culturelle francophone dans l’espace numérique, sans renoncer à l’ouverture ni au multilinguisme.
Le français est aujourd’hui la quatrième langue de l’Internet et la deuxième langue la plus apprise au monde. Il doit être une langue de production, pas seulement de traduction. C’est dans cet esprit que nous développons des outils pédagogiques numériques en français, notamment au sein du Collège international de Villers-Cotterêts, en partenariat avec l’OIF, l’AUF et France Éducation international.
Nous travaillons étroitement avec le Québec et nos partenaires pour renforcer la découvrabilité des contenus francophones et soutenir la diversité culturelle en ligne. Le réseau REFRAM joue un rôle essentiel pour défendre le pluralisme, la régulation et la souveraineté culturelle.
Le lancement du projet LANGU:IA illustre cette ambition : alimenter les modèles d’intelligence artificielle en données francophones, structurer un écosystème linguistique performant et faire du français une langue de référence dans les technologies émergentes. La francophonie numérique devient ainsi un espace d’innovation et un atout stratégique, comme en témoigne le succès du salon FrancoTech.

La France dispose de l’une des diasporas les plus structurées au monde, environ 2,5 millions de Français établis à l’étranger, dont une part croissante dans des zones stratégiques pour l’innovation, la finance, l’énergie ou le numérique. À l’heure où s’intensifie la compétition des puissances et où se redéfinit l’équilibre global vers un monde multipolaire, quel rôle souhaitez-vous donner à nos compatriotes vivant à l’étranger pour renforcer le rayonnement économique, technologique et culturel de la France ? Et comment leur engagement peut-il contribuer à une diplomatie plus agile, plus connectée et plus influente ?
La diaspora française constitue un atout stratégique majeur pour la France dans un monde multipolaire. Environ 3,5 millions de Français vivent à l’étranger, souvent dans les zones les plus dynamiques pour l’innovation, la finance, l’énergie et le numérique.
Ces femmes et ces hommes sont entrepreneurs, chercheurs, artistes, ingénieurs, enseignants. Ils renforcent notre rayonnement économique, technologique et culturel par leur présence au cœur des écosystèmes les plus innovants. Ils incarnent une France ouverte, compétitive et connectée au monde.
Je considère nos compatriotes à l’étranger comme des acteurs à part entière de notre diplomatie d’influence. Leur engagement rend notre action extérieure plus agile, plus crédible et plus proche des réalités locales. Ils sont des relais décisifs pour attirer des talents vers la France, accompagner nos entreprises à l’international et promouvoir nos normes et nos valeurs.
La France est forte lorsqu’elle s’appuie sur tous ses talents, où qu’ils se trouvent. Notre diaspora est l’une de nos grandes richesses, et j’en suis profondément fière.
